Nomade depuis toujours, portraitiste de l’imaginaire, Jacques Le Scanff n’a cessé d’être ébloui par la nature, les arbres et la montagne en particulier. Au dessin sur le motif, il a préféré la réinvention du paysage dans le silence de l’atelier*.

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Ils parlent
de Jacques...

* Texte issu de l’entretien
avec Frédéric Pajak
pour « le Cahier dessiné »
n° 14

AVEC UN PAREIL NOM , il est breton. Ses yeux bleu délavé en témoignent. Mais il est né dans le 12e arrondissement de Paris, en 1932. Sa mère est ouvrière et son père accomplit toutes sortes de petits boulots : vendeur de farces et attrapes, camelot sur les boulevards… « C’était un type extraordinaire ! Un grand bon.homme ! » Deux frères, une sœur. Ils vivent à Saint-Mandé, une banlieue riche aux portes de la capitale. À l’école communale, il y a les fils des patrons d’usine. Auprès d’eux, il se sent étranger, et plus étranger encore car en classe il ne fait que dessiner : «Je m’emmerdais de façon sublime.» Donc, il vit «comme ça, un petit peu de biais.»

 

Un dénommé Daniel Jacoby

À douze ans, il a la chance de rencontrer un dénommé Daniel Jacoby, un garçon juif qui est rentré à Paris après avoir vécu caché dans le Midi. Jacques Le Scanff va vivre à moitié dans sa famille juive, qui ne lui impose rien, surtout pas la religion. Jacoby deviendra un grand avocat, président de la Ligue inter.nationale des droits de l’Homme, amateur de poésie. Son père, un ingénieur, collectionnait la revue artistique et littéraire Verve. C’est par elle que le jeune Jacques s’initie à la culture.

 

il découvre à quel point il est agréable d’avoir le temps de dessiner

Après l’école primaire, il entre au lycée Voltaire, puis au lycée Turgot. En troisième, il est renvoyé, « heureux de partir ». Il a seize ans, il traverse tout simplement la rue et entre au Centre d’apprentissage de l’École des arts appliqués. Là, surpris, il découvre à quel point il est agréable d’avoir le temps de dessiner et d’apprendre — il est élève dans la section de dessin sur tissu. Cela dure une année, et puis il s’ennuie. Il entre comme apprenti dans un atelier de céramique, où il rencontre Alfred Manessier et Jean Le Moal. Il va dessiner à l’atelier de la Grande chaumière, suit le cours avec modèles — mais sans professeur. Il se sent à la fois timide et résolu. Il décide alors de devenir graphiste, achète un manuel de graphisme et se met « à faire du graphisme », sans autre apprentissage. Il découvre le métier sur le tas, au fur et à mesure des commandes.

Il décide alors de devenir graphiste

À l’époque, le milieu professionnel est très ouvert. Il rencontre Massin, bienveillant. Il fait un peu de publicité, des affiches, travaille dans l’édition. Il dessine des pochettes de disques, la couverture de la revue L’Amour de l’art. Alors qu’il se sent plutôt anarchiste, il rencontre un curé qui lui demande ni plus ni moins d’illustrer la Bible. Il devient ainsi, et pour un certain temps, un illustrateur biblique reconnu. Mais l’illustrateur fait de l’ombre au peintre, car Jacques Le Scanff veut être peintre, et rien d’autre.

Parmi d’autres tâches auxiliaires, il anime une maison de jeunes entre Vincennes et Montreuil. Il s’y installe un petit atelier dans une cabane.

 

Au début des années 1950
il expose au Salon de la Jeune peinture

Il peint. Des « trucs bizarres », des personnages. « C’était figuratif. J’avais établi une classification en raccourci de l’histoire de l’art : tout ce qui était primitif et médiéval était excellent, la Renaissance, c’était la catastrophe, et l’art véritable revenait avec Cézanne. … Au moins, c’était clair ! »
Au début des années 1950, il expose au Salon de la Jeune peinture: « De grands personnages, beaucoup de rouge, un peu dans le style de l’imagerie populaire. » S’il faut y voir une influence, ce serait du côté de la peinture primitive.

 

C’est le choc
visuellement, il se sent revenu à la
splendeur du Moyen-Âge

Il accomplit son service militaire, il se marie, sa femme donne naissance à son premier enfant. Il évite ainsi de faire la guerre d’Algérie et se sent solidaire des Algériens : il portera plus tard des valises pour le FLn. on lui propose un poste de directeur de maison de jeunes au Maroc. Il part à khémisset, non loin de Rabat, avec femme et enfant. C’est le choc : visuellement, il se sent revenu à la splendeur du Moyen-Âge. Cela influencera considérablement sa façon de regarder les formes et les couleurs. Sa femme accouche d’une fille à Rabat, mais celle-ci refuse de se nourrir. La famille quitte le Maroc.

 

Il se remet sérieusement à la peinture

En Suisse, des amis trouvent pour l’enfant un excellent hôpital. Retour à Paris. Pas de logement, pas d’argent. Départ pour la Drôme, où ils se réfugient chez des amis qui animent le village d’enfants de Vercheny. Ils travaillent sur le chantier d’un nouveau village, tout en s’occupant chez eux d’une dizaine d’enfants. Cela n’a qu’un temps, ils s’installent à nîmes, où Jacques Le Scanff se remet sérieusement à la peinture. Des paysages. À l’huile — il a toujours peint à l’huile. Mais sa peinture ne se vend pas. Il subsiste en exerçant de petits boulots. Il expose pour la première fois à Genève : « J’ai fait une erreur stratégique, j’ai peint des cadavres d’Algériens ensanglantés… Succès mitigé. »

 

Rencontre avec Bram Van Velde

À l’époque, dans les années 1960, être un peintre figuratif est mal vu. Bien qu’il en soit un, il admire Rauschenberg, kline ou Tal Coat.
L’errance se poursuit. Sa femme devient costumière au Théâtre de Carouges, à côté de Genève. Il rencontre Bram Van Velde. « Une grande rencontre ! Il venait souvent chez nous, jouait avec moi aux échecs : il me battait à tous les coups. Il était très bon.

 

Frédéric Pajak : Vous parliez de peinture avec lui ?
Jacques Le Scanff : Ah, bien sûr, bien sûr ! C’était ridicule, parce qu’il me demandait des conseils sur la couleur et j’en savais évidemment cinquante fois moins que lui. Il avait ce côté très simple, très doux. Il ne jouait pas la vedette, alors qu’il commençait enfin à être reconnu. Il n’était pas bavard, et moi j’étais timide… »

Lorsque Jacques Le Scanff parle, et il aime parler, toute sa vie s’enchevêtre dans ses souvenirs. Dans le Midi, il rencontre l’extraordinaire éditeur Robert Morel. Il devient l’un de ses directeurs de collection. L’idée est de publier des bandes dessinées muettes, où les lecteurs remplissent eux-mêmes les phylactères. Son contrat de directeur de collection existe toujours, mais il n’y a jamais eu de livre. Le Midi, il s’y balade, il s’en imprègne. C’est pour lui une révélation, un véritable « dictionnaire des formes ». Il est peintre. Peintre avant tout : « Je ne me suis jamais considéré que comme peintre »

 

F.P. : Le reste est donc alimentaire ?
J.L.S. : oui et non. J’étais vraiment passionné de typographie et de photographie. J’ai été photographe en Afghanistan, puis au Portugal, pendant la révolution des Œillets, en 1974. » Il habite un temps dans les Hautes-Alpes, vers le col de Lus-la-Croix-Haute, non loin de Gap. Pour arriver au village, il faut passer par une gorge étroite très impressionnante. Il s’en inspire.

 

F.P. : Vous peignez d’après nature ?
J.L.S. : non, jamais. Je m’imprègne du paysage. Puis je le restitue de mémoire sur le papier ou la toile. »

 

F.P. : Sur votre mur, je vois des portraits. Vous en avez toujours peint ?
J.L.S. : oui, en pied, à cheval… Ça s’est amplifié. Claude-Louis Combet est en train d’écrire un livre sur ces portraits. Lui, il aime le drame, il ne s’intéresse qu’aux portraits dramatiques.

 

F.P. : Ce sont des portraits imaginaires ?
J.L.S. : Je peux m’inspirer d’un artiste italien du XVIIe siècle, d’une photographie ou d’un dessin. C’est seulement un point de départ, après je m’en éloigne totalement. Un portrait peut aussi surgir directement de ma tête, comme une apparition inconsciente de quelqu’un que je connais. Je pense que nous sommes habités par énormément d’images… »

Il se dit anti-conceptualiste. Il laisse les choses s’écouler, sans préméditation. Il est incapable de faire aboutir un projet. Si on lui passe une commande, c’est l’échec à coup sûr. Le simple fait de devoir respecter une commande suscite en lui un blocage. Une fois, une psychanalyste lui demande un tableau qui d’une petite fille assise dans un fauteuil. « C’est assez simple, vous en conviendrez. Je lui ai peint un truc é-pou-van.table ! J’ai recommencé quatorze fois, et je lui ai donné le moins laid. En regardant la peinture ancienne, je me suis aperçu que toute la peinture … de commande — les crucifixions, les scènes religieuses, etc. — est très différente de la peinture « libre », par exemple les autoportraits… Il y a des peintres médiocres dans la commande et qui excellent dans l’autoportrait, ce n’est pas rare. Je n’en ferais pas un principe, mais c’est intéressant. »

 

F.P. : Comment passez-vous du portrait au paysage ?
J.L.S. : Je peins par série. J’essaie de créer une émotion. Donc, je pars d’un prétexte — une forme de montagne, exécutée à toute vitesse, par exemple et en général, ça ne me plaît pas. Je travaille alors comme s’il fallait me sauver d’une catastrophe : ça s’effondre de partout, donc il faut en faire quelque chose ! Il y a une dizaine d’années, je travaillais très vite et je procédais par grandes séries je parle de milliers de dessins — ;
de temps en temps, j’en réussissais un. Maintenant, si je fais encore des peintures spontanées, en détruisant celles qui ne me plaisent pas, je travaille plus lentement, sur de très grands formats. Mais il y a encore des catastrophes…

 

F.P. : Pourquoi ces montagnes ?
J.L.S. : C’est curieux. Il y a dans la forme des feuilles, des branches, des rochers, quelque chose qui me fas.cine. Je suis un type qui a longtemps fui la ville. quand j’étais jeune, je n’avais qu’une idée : aller vers le Sud. Je suis gêné par la laideur du monde moderne — je mets à part les usines, c’est une autre histoire. Il y a peut-être des choses magnifiques dans l’architecture moderne, mais baladez-vous dans Paris et regardez : c’est laid ! Je n’ai pas d’explication, ce sont des choses que je sens. La modernité a apporté de bonnes choses, le jazz par exemple. Je n’ai pas envie de retourner au Moyen-Âge, mais je crois que nous sommes d’une même nature que le végétal et la pierre. nous sommes vraiment semblables.

 

F.P. : Et qu’est-ce qui vous impressionne dans la montagne, mis à part que ce n’est pas la ville ?

J.L.S. : Mais c’est gigantesque ! quand vous êtes au sommet de la montagne de Lure à 1500 m, où que vous portiez votre regard, un monde fabuleux se déploie. Ce n’est jamais pareil. Il y a des milliards de photographies à faire, des milliards de dessins !

 

F.P. : Y a-t-il des peintres de paysage qui vous ont inspiré ?
J.L.S. : Je ne crois pas.

 

F.P. : Et des portraitistes ?
J.L.S. : Ah, là, par contre, il y en a tellement ! Je viens de découvrir une peintre vénitienne du XVIIIe siècle, Giulia Lama. Extraordinaire.

 

F.P. : Ce qui étonne dans vos paysages de montagne, c’est que vous ne peignez ni d’après nature ni d’après photographie… C’est vraiment une peinture intérieure.

J.L.S. : Je suis tellement impressionné par la montagne, cette force extraordinaire, l’absence de civilisation, le caractère catastrophique… Je me sens chez moi.

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